Le 28 janvier était organisée une journée conjointe entre les projets européen SOTERIA et AHEAD

Les parties prenantes au projet AHEAD étaient conviées à cette journée.

 

Le matin, trois sessions ont permis de présenter les principaux apports du projet SOTERIA, dont c’était la session de clôture, et d’évoquer les synergies avec le projet AHEAD. 

 

Concernant les données, les principaux points évoqués étaient

  • La nécessité de prendre davantage en compte les dimensions système et la complexité (notamment combinaisons de causes et d’effets) et le réchauffement climatique ;
  • Le défi des données en masse : un travail important de structuration est nécessaire pour en tirer la valeur escomptée. A ce titre les travaux de SOTERIA et AHEAD ont été présentés.
  • La nécessité absolue de trouver des formes de partage et mutualisation des données, en surmontant les obstacles psychologiques (analyse et expérience pilote présentée par SOTERIA), en prenant la juste mesure des enjeux au regard des volets éthique et juridique dans la perspective des enjeux (notamment RGDP – présentation à ce titre instructive de l’expérience norvégienne).

 

Les cas présentés illustrent comment ce chemin de construction collective de la connaissance du risque permet de nourrir la confiance, promeut leur assurabilité et incite à l’action concrète, notamment via une meilleure compréhension du signal-prix de l’assurance ; cette dimension collective étant elle aussi prégnante dans l’action.

Pendant la troisième session de cette matinée : 

 

       Scira Menoni (POLIMI) a présenté le projet AHEAD.

Scira Menoni a insisté sur deux aspects :

  • Les coûts cachés ou mal connus d’une catastrophe, dont certains sont examinés par AHEAD,
  • La nécessité de mettre en place un système pour coordonner la gestion des données (ou d’un coordonnateur), ce qui manque parfois et à quoi le projet AHEAD s’attache.

 

       Xavier Romao (UPORTO) et Frédéric Tatout (AFPCNT) ont partagé leur vision des synergies entre SOTERIA et AHEAD, à la lumière des présentations précédentes.

Frédéric Tatout a présenté sa conception du parcours de la donnée vers la connaissance partagée, et comment AHEAD contribue à le faciliter, en utilisant un système d’information non pas en tant que finalité mais plutôt comme un medium d’échanges regroupant des experts et praticiens, pour faire émerger des lignes directrices. Ce chemin, les obstacles et les questionnements qu’il rencontre, dépend des organisations participantes, de leur maturité, de leur niveau de connaissance. Dans cette perspective, les propositions concrètes présentées dans les sessions précédentes, qui vont de la standardisation technique (ontologie Soteria) à des aspects psychologiques qui sous-tendent la décision, lui paraissent précieuses.

Après avoir appuyé cette appréciation très positive du projet, Xavier Romao a précisé qu’à la lumière de ses 25 années de recherche sur les risques notamment sismiques, la modélisation, qui est absolument nécessaire, garde une énorme marge de progrès, dans un contexte où les événements sont de plus en plus complexes. Pour les crues, il reste plus à faire, que pour les séismes (majoritairement une altération des immeubles et de leur contenu, plutôt que leur destruction rapide). L’évaluation des dommages est nécessaire, mais l’essentiel, pour bien comprendre les risques, est de modéliser les dommages et les vulnérabilités, ce qui demandera beaucoup plus de travail et de connaissances nouvelles. L’évaluation des risques est intéressante pour comprendre, et surtout pour résoudre le problème, en prolongeant l’analyse des bénéfices par une deuxième boucle d’analyse. Il faudra avoir modélisé le système dans de multiples situations (feu, inondation, etc.). Mais si l’on se contente, au lieu de cela, d’une connaissance empirique, on ne sortira pas de l’approximation. Il est nécessaire de bien expliquer tous ces éléments aux décisionnaires.

 

Session 3 : de gauche à droite, Xavier Romao, Frédéric Tatout, Scira Menoni

 

Parmi six panels d’échange organisés en parallèle, deux concernant des thématiques à cheval entre AHEAD et SOTERIA, et un concernait le projet AHEAD.

 

Concernant la gouvernance et les aspects juridiques afférents aux données, ont été évoqués:

  • Le partage des rôles et la coordination : légitimité vs. contraintes légales des partages de données ;
  • Ce qui peut faciliter les partages de données : présence, nature et qualité des données, financement d’une structure informatique, rôle promoteur du ministère de l’intérieur dans ses rôles et responsabilités essentiels, etc.

 

Concernant les systèmes d’information, ont été abordés

  • La nécessité d’intégrer les actifs impactés notamment les infrastructures
  • Le volet des incitation des détenteurs de données à réaliser un partage

 

Concernant les cas d’étude du projet AHEAD, parmi les aspects évoqués figuraient les suivants :

  • La Lombardie a fait un gros effort pour mettre au point des jeux de données. Exemple à répliquer ?
  • Des structures intéropérables de coût sont nécessaires.
  • La gestion des déchets générés par les catastrophe doit être intégrée au cadre général de la gestion de crise.

 

Deux posters présentés (en arritère-fond la session 3 en matinée)

 

La journée s’est conclue sur trois tables rondes

L’expérience de la municipalité de Gabrovo en Bulgarie telle que présentée par sa maire, Tanya Hristova, était particulièrement instructive notamment dans ses dimensions de gouvernance, de partage de l’information sur le risque, de construction collective de la connaissance du risque, et concernant l’action concrète (aspects incitatifs et coordination). Tanya Hristova a appelé à ce que les échelons locaux (notamment élus) soient davantage écoutés par les niveaux étatique et communautaire, et pleinement intégrés au développement de la résilience, dès le stade de création de la connaissance du risque.

Cette connaissance du risque doit intégrer davantage ses complexités, par exemple les récurrences de certaines événements. 

Scira Menoni a présenté ce que peut être une boucle vertueuse partant de la donnée pour aller vers la connaissance, puis le savoir et enfin la décision éclairée.  Cette perspective, qui amène à ne pas focaliser toute l’attention vers la massification des données, progresse peu à peu. Dans cette perspective les scientifiques peuvent proposer des cadres utiles, à condition de rester les pieds sur le terrain.

Les assureurs jouent un rôle central, même si l’action financière appelle à être structurée au-delà du cadre de l’assurance, dans une démarche partenariale Etat-privé laissant aux élus et à la société civile la place qui leur revient.

Les échanges ont fait apparaître que, du fait de sa très bonne réactivité, l’assurance paramétrique semble promise à devenir une pierre d’angle pour structurer au mieux l’aide à la reconstruction, de bout en bout, sans à-coup délétères, en synergie avec les dynamiques territoriales. A ce titre elle gagnera à être encore plus en phase avec les préoccupations concrètes des assurés, dans le discours comme dans ses modalités. 

Selon Julia Steward-David (DG ECHO), les catastrophes s’accumulent, elles conduisent à des situations de plus en plus complexes. Dans ce contexte, la résilience est à la fois un projet urgent et un processus collectif, soutenu par le numérique. La DG ECHO et le call UCPM KAPP sont au cœur de la dynamique européenne.

En conclusion, Julia Steward-David et Maria José Sanz, coordinatrice du projet SOTERIA, ont convenu que face aux enjeux et dans ce contexte, cette journée aura à la fois montré que des réponse concrètes et convaincantes existent, et nourri un dialogue fécond.

Allocution de Julia Steward-David (DG ECHO).

 

Maïssa Ben Khalfallah et Frédéric Tatout étaient présents sur place. Une dizaine de membres de l’AFPCNT ont participé à distance.