De l’incendie de 1949 aux feux de Gironde de 2022, les témoignages de celles et ceux qui ont vécu les catastrophes constituent une mémoire précieuse. À travers une série de vidéos et de retours d’expérience, l’AFPCNT donne la parole aux habitants pour mieux comprendre le risque, transmettre les enseignements du passé et renforcer la préparation collective face aux feux de forêt.
Un feu de forêt ne s’éteint pas lorsque les dernières flammes disparaissent.
Il laisse des traces dans les paysages, dans les territoires, mais aussi dans la mémoire de celles et ceux qui l’ont vécu.
Recueillir cette parole à froid (une fois la phase de relèvement passée) permet d’archiver une mémoire des catastrophes à partir de témoignages individuels, mais aussi de mieux comprendre les comportements, les vulnérabilités et les solidarités qui apparaissent lorsqu’un événement majeur survient – et de pouvoir en tirer des enseignements pour la création d’animations pédagogiques ainsi que des bonnes pratiques pour mieux comprendre le risque, les manières passées (récentes ou non) pour y faire face afin de mieux préparer la réponse à l’urgence collective de demain.
La mémoire des catastrophes, un outil pour mieux prévenir les risques
Pourquoi revenir sur des incendies survenus il y a plusieurs années, voire plusieurs générations ? Parce que l’expérience vécue constitue une composante essentielle du retour d’expérience (REX).
Aux analyses scientifiques, opérationnelles et institutionnelles s’ajoute la parole des habitants : comment ont-ils perçu le danger ? Comment se sont-ils préparés ? Quels mécanismes lors de l’évacuation citoyenne ? Comment ont-ils vécu le retour ? Quelles solidarités se sont organisées ? Et surtout, qu’ont-ils appris de cette expérience, a t-elle modifiée leur vie d’après ? Sont- ils des passeurs de mémoire de résilience et si oui, comment ?
L’incarnation des récits favorise la transmission de la culture du risque aux générations suivantes et constitue une part importante de la continuité de la connaissance liée aux événements extrêmes, qui peuvent progressivement disparaître de la mémoire collective.
Une autre part complémentaire, et indispensable, à la préparation des populations pour faire face à l’extrême, réside dans le processus de commémoration régulière collective qui réactive et entretient la reliance entre les populations locales (sinistrées, témoins ou ) et les autorités dans ce passage de mémoire résiliente.
Les ressources pédagogiques de l’AFPCNT contribuent quant à elles à une meilleure compréhension des feux de forêt, de leur cinétique, des moyens de prévention et de l’organisation complexe de la lutte contre les incendies tout en identifiant la myriade d’acteurs, en soulignant le rôle de chacun imbriqué dans la chaîne de la réponse à l’urgence et les bons comportements.
« Mémoires individuelles, résiliences partagées » : recueillir les “mots” pour éviter les “maux” dans nos territoires vulnérables aux risques de catastrophes
Depuis 2023, les équipes et bénévoles de l’AFPCNT ainsi que leurs partenaires (Ligue de l’Enseignement Gironde) vont à la rencontre de personnes (sinistrés, témoins et passeurs de mémoire) ayant vécu des catastrophes dans l’Hexagone et les territoires ultramarins.
Les 4 témoignages sont issus de la série « Mémoires individuelles, résiliences partagées ».
Cette série a été réalisée en partenariat avec l’Institut pour l’Histoire et la Mémoire des Catastrophes (IHMéC). Son président et fondateur, Serge Tisseron, spécialiste des questions de résilience face aux catastrophes a notamment contribué à l’élaboration de la grille d’entretien utilisée pour recueillir ces récits.
Les informations recueillies se veulent être à la fois représentative des mémoires individuelles mais aussi renforcer la base de connaissance des chercheurs travaillant sur les questions de résilience.
L’objectif est de recueillir plusieurs années après l’événement extrême :
- la trace et l’image de la catastrophe, telle qu’elle demeure inscrite dans la mémoire de l’individu
- comment cet événement a éventuellement impacté le cours de sa vie à la suite de manière résiliente ou bien au contraire traumatique
- la transmission du vécu de la crise et des enseignements multiples qui peuvent en être tirés
Des membres de l’AFPCNT ont également été formés à la captation de témoignages par Lionel Myszka, pédagogue vidéaste et ancien grand reporter ayant travaillé dans l’humanitaire et en zones de conflit et de catastrophe. Il a également réalisé des tutoriels dédiés et contribué au montage des vidéos produites par l’AFPCNT.
Pour mieux accompagner les adhérents qui souhaiteraient collecter les mémoires individuelles, les tutoriels sont transmis à la demande et un accompagnement est assuré.
L’incendie du siècle de 1949 en Gironde : quand la mémoire traverse les générations
L’incendie de 1949 en Gironde est l’un des plus importants du XXe siècle en France. Il ravage près de 28 000 hectares de forêt et cause la mort de 82 sauveteurs dont une partie de citoyens déployés spontanément pour y mettre fin.
Plus de 75 ans après, James Chéron, réserviste, retrace l’incendie le plus meurtrier de l’histoire française, ceci alors qu’il s’interroge personnellement sur le nombre réduit de personnes encore vivantes pouvant en témoigner pour entretenir cette mémoire.
Son récit interroge directement la transmission de la mémoire de ces évènements, après près de trois générations, et rappelle aussi une autre réalité : de la catastrophe peuvent émerger des formes puissantes d’entraide et de solidarité.
Cliquez ici pour visionner le témoignage de James Chéron
Incendies de Gironde 2022 : partir sans savoir si l’on retrouvera sa maison
Au cours de l’été 2022, la Gironde est à nouveau profondément marquée par des des feux de forêt de grande ampleur.
Dans son témoignage, Aurélie, habitante de Guillos, revient sur l’annonce de l’évacuation et sur ces quelques minutes pendant lesquelles il faut décider de l’essentiel de ce que l’on emporte avant de quitter son logement en urgence… sans savoir dans quel état ni même si on le retrouvera.
Son récit met en lumière l’importance de la préparation individuelle, de l’entraide locale et de la circulation de l’information lorsque la crise survient.
Cliquez ici pour visionner le témoignage d’Aurélie
Après les flammes : reconstruire et faire face ensemble
Avec le témoignage de Silas et Gaëlle, on s’intéresse à l’après-crise : le vécu des habitants post-catastrophe, les conséquences sur le quotidien et la manière dont la solidarité naturelle contribue à se relever collectivement.
Ce retour d’expérience permet de déplacer le regard du seul événement isolé vers la résilience du territoire.
Cliquez ici pour visionner le témoignage de Silas et Gaëlle
Faire de l’expérience vécue individuellement une mémoire collective, base pour écrire l’Histoire contemporaine
Avec Estelle et Ludivine, un autre enjeu apparaît : celui de la transmission de la mémoire.
Que reste-t-il de l’expérience plusieurs mois ou plusieurs années après la catastrophe ? Quels enseignements souhaite-t-on partager ? Comment transformer une mémoire individuelle en une connaissance utile aux autres ?
Archiver et conserver ces témoignages individuels permet de dépasser le seul souvenir personnel. Ils deviennent progressivement une mémoire collective du territoire : une ressource pour sensibiliser celles et ceux qui n’ont jamais été confrontés directement au feu et nourrir les travaux des historiens pour écrire le récit contemporain en se nourrissant du sensible.
Cliquez ici pour visionner le témoignage d’Estelle et Ludivine
Résilience partagée : mémoires individuelles et collectives
Le 31 mars 2023, la table ronde « Résiliences partagées » s’est tenue à Arles. Fruit d’une convention de partenariat entre la Communauté d’agglomération d’Arles Crau Camargue Montagnette, de l’AFPCNT et de l’IHMéC, cet évènement visait à communiquer sur les conditions favorables à la résilience sociétale face aux risques majeurs, ceci à partir de l’Histoire.
Les Dr Serge Tisseron et Francisca Espinoza étaient présents pour l’IHMéC, apportant ainsi l’éclairage du psychologue sur le processus de résilience.
A partir de la vidéo de témoignages de sinistrés de la tornade d’Arles en octobre 2015, réalisé par Francisca Espinoza (membre de l’IHMéC), la parole a été donnée aux sinistrés. Ce message fort d’espoir, soulignant l’entraide et la solidarité ainsi que les besoins des victimes a ouvert aux échanges.
Les intervenants membres de la Croix Rouge Française, pompiers de l’Entente Valabre et élus du territoire ont ensuite chacun apporté leur contribution en livrant leur ressenti, leur retour d’expérience des récentes inondations d’Arles et en présentant les éléments de portée positive afin d’activer des leviers de résilience collective.
Construire et entretenir la mémoire des catastrophes de manière proactive favorise un processus vertueux : contribuer aux capacités d’anticipation et de rebond des populations dans le cas où elles seraient confrontées à un évènement majeur déstabilisant.
Toute la nécessité d’agir pour la construction et l’entretien de la mémoire locale, notamment à travers les commémorations régulières, devient alors légitime aux yeux de chacun.
Nous vous invitons à consulter la synthèse graphique ainsi que le replay de la table ronde qui permettent de revenir sur ces notions :
Comprendre les feux de forêt pour mieux se préparer
La mémoire doit également pouvoir conduire à l’action. Toutefois, compte tenu des effets du changement climatique et du caractère toujours plus intense des événements, elle doit permettre à chacun de penser à l’impensable et de trouver des solutions pour mieux se préparer individuellement et collectivement.
L’émission PREV’ACTION consacrée aux feux de forêt, présentée par Fred Courant de l’Esprit Sorcier au Pont du Gard, donne la parole à des scientifiques, des professionnels des secours et des acteurs de la prévention.
Démonstrations, moyens aériens et terrestres, prévention, préparation : l’objectif est de rendre accessibles les connaissances permettant à chacun de mieux comprendre le risque et les moyens d’agir à son niveau.
Pour visionner l’émission PREV’ACTION « Feux de forêt »
À retenir
- la mémoire des événements passés est une composante déterminante de la culture du risque ;
- la préparation à l’évacuation peut faire une différence lorsque chaque minute compte ;
- l’entraide et la solidarité de proximité participent à la résilience des territoires au même titre que la réponse à l’urgence et la gestion de crise ;
- l’après-catastrophe et ses conséquences humaines et environnementales doivent pleinement intégrer les retours d’expérience afin de tendre à leur complétude et dépasser le point de vue opérationnel stricto sensu;
- transmettre les récits permet aux nouvelles générations de bénéficier de l’expérience acquise pour mieux se préparer à relever les defis des risques accrus dans le cadre de l’urgence climatique actuelle.
L’AFPCNT, à l’écoute du terrain pour transformer l’expérience en action
À travers ces témoignages, ses actions de sensibilisation et les travaux menés avec son réseau de partenaires, l’AFPCNT crée des passerelles entre expérience citoyenne, expertise, recherche, prévention et acteurs des territoires.
Son rôle consiste aussi à faire circuler les enseignements : recueillir les expériences, valoriser les retours du terrain, partager les expertises et rendre accessibles les moyens d’action permettant à chacun de mieux se préparer.
Cette démarche se déploie notamment au sein de l’antenne de l’AFPCNT Gironde, en lien avec la Ligue de l’Enseignement Gironde. Des jeunes en Service civique écologique sont ainsi accompagnés dans l’appropriation de ces outils afin de pouvoir contribuer, à leur niveau, à la collecte de témoignages et aux actions de sensibilisation. Une expérience formatrice pour les jeunes, qui permet également aux personnes sinistrées de mettre en mots leur vécu et de transmettre leur expérience une fois l’urgence passée.
Ce dossier « Feux de forêt : de la mémoire aux enseignements » a vocation à poursuivre cette dynamique en intégrant progressivement de nouveaux retours d’expérience, notamment les enseignements issus des feux de forêt de 2026.
Parce que ce souvenir ne consiste pas seulement à regarder vers le passé : faire vivre la mémoire des catastrophes permet aussi de mieux préparer l’avenir.
Pour aller plus loin
Découvrez également sur le site de l’AFPCNT le dossier « Feu de forêt et de végétation », qui rassemble informations de prévention, bons réflexes, ressources pédagogiques et outils destinés aux citoyens, collectivités, enseignants et acteurs de la prévention.
Retrouvez l’ensemble des vidéos et ressources de l’AFPCNT sur notre chaîne YouTube.